En ces jours de célébration du débarquement des troupes alliées en Normandie, les hommes qui sacrifièrent leur vie pour la démocratie, la paix, les Droits de l’Homme et la liberté doivent se retourner dans leurs tombes en voyant l’état de l’Europe qui se rend aujourd’hui aux urnes. Pour ceux qui croyaient à la démocratie, la montée des gouvernements illibéraux et des partis populistes sur tout le continent – dont de nombreux ont des racines nazies ou fascistes parfois revendiquées, la pilule est amère tant celle-ci que l’on croyait installée définitivement après la Libération est maintenant affaiblie et menacée. A ceux qui avaient été assez naïfs pour croire à une paix éternelle, l’agression russe en Ukraine et la guerre qui se déroule depuis dans ce pays apporte un démenti cinglant. Pour ceux qui croyaient au respect des Droits de l’Homme et de la place des Juifs après l’Holocauste, l’accélération de la montée d’un antisémitisme débridé dès après la réaction d’Israël au pogrom du 7 octobre 2023, fait craindre pour la cohésion humaniste de la société occidentale. Oubliant qui était l’agresseur originel, cette haine du Juif prend des proportions dévastatrices qui remettent dangereusement en cause les valeurs européennes. L’importation du conflit israélo-palestinien en Europe est à cet égard une catastrophe.
Les célébrations du D-Day servent un but : maintenir dans les mémoires européennes les faits terribles qui, de la Seconde Guerre mondiale aux camps de concentration, de l’Holocauste aux régimes totalitaires qui subsistèrent sur le continent jusqu’en 1990, conduisirent à la création de l’Union Européenne. Cette mémoire ne s’articule pas seulement autour de ces faits d’armes, mais également par la musique, celle des compositeurs et compositrices qui furent victimes des totalitarismes et dont le souvenir a aujourd’hui presque entièrement disparu, et dont une partie est étroitement liée aux camps de concentration. Cette mémoire par la musique n’est pas seulement la redécouverte de trésors culturels anéantis, elle dispose également d’un potentiel pédagogique immense, car elle raconte une histoire, celles des souffrances qu’a connu le continent européen sous les régimes totalitaires qui les ont dominés pendant près d’un siècle et qui réapparaissent à ses frontières. Elle est un formidable vecteur de transmission de cette mémoire pour les nouvelles générations, indispensable pour lutter contre la mise à mal des valeurs européennes à laquelle on assiste aujourd’hui.
C’est face à cette mise à mal des valeurs européennes que le Forum Voix Etouffées, veut être une force active dans leur défense et leur promotion, en postulant de soutenir ces valeurs par un projet musical reposant sur la mémoire de l’Europe. Bénéficiant du soutien de l’UE depuis 2009, le nouveau projet du FVE « Mémoire, Musique et Valeurs européennes (MMVE) » propose de les mettre au cœur de son engagement en faveur de ceux et celles que l’on souhaiterait effacer de l’Histoire, tout en s’appuyant sur la connaissance historique pour dénoncer les dérives contemporaines. La lutte contre l’antisémitisme, le soutien à la lutte du peuple ukrainien et l’opposition à la montée des populismes et des régimes illibéraux constituent le fer de lance de ses nouvelles actions.
Pour parvenir à ces fins, le projet Musique, Mémoire et Valeurs Européennes accomplira les actions suivantes :
I. L’organisation de concerts ayant pour but de rappeler les conséquences des guerres européennes au XXe et XXIe siècles, ainsi que le crime fondamental que constitue l’Holocauste. Ceci passe par la présentation de programmes musicaux constitués d’œuvres de compositeurs victimes des persécutions nazies, afin de notamment permettre leur redécouverte auprès du plus large public possible. Les concerts sont organisés à des dates symboliques : 27 janvier 2026, date commémorant la libération des camps, Yom Hashoah, commémoration de la liquidation des ghettos de Riga (Lettonie) et Vilnius les 4 juillet et 23 septembre, le 23 août au Musée d’Histoire de l’Europe du Parlement Européen à l’occasion de la journée commémorant les victimes de l’ensemble des totalitarismes. Le projet s’appuie également sur des institutions mémorielles (Fondation Auschwitz, Institut des Compositeurs de Terezin, Musée de Terezin) et sur des experts dont le travail de recherche sur le sujet est reconnu. L’implication de communautés juives particulièrement touchées par la Shoah (Lituanie, Lettonie) est également centrale.
II. l’organisation de conférences, comprenant un colloque international conjoint à l’Université de Mayence et au Mozarteum de Salzburg à propos du rôle de la musique dans le contexte des guerres européennes du XXe et XXIe siècles. A cette fin, seront conviés des panels d’experts venus de différents champs de recherche (musicologie, science politique, philosophie, spécialiste des questions mémorielles etc.). Une attention particulière sera portée aux travaux des compositrices, leurs œuvres étant souvent doublement occultées, en tant que victimes de l’Holocauste et de la situation historique des femmes dans la vie musicale. Une autre conférence internationale sera organisée en partenariat avec l’Académie Sibelius (Finlande) et l’Université Technique de Kaunas (Lituanie).
III. l’organisation d’événements complémentaires aux concerts : projection de documentaires, médiation culturelle et ateliers pédagogiques afin d’éclairer les enjeux précités, de mettre en avant les valeurs européennes et de créer une communauté de savoirs partagés, notamment en sensibilisant sur les thématiques de la lutte contre l’antisémitisme et de la défense de la Démocratie.
A l’instar des compositeurs dont le répertoire est défendu par le FVE, son projet est résolument transnational. L’ambition d’ouverture entamée lors du précédent projet se poursuit avec la participation de 38 partenaires issus de 19 Etats-membres, pour l’organisation de plus de 60 évènements (contre respectivement 27 et 15 précédemment). Le consortium se veut être le reflet de la diversité musicale, intellectuelle et de la société civile européenne. Les activités seront assurées, notamment sur le plan des artistes et des experts, par le principe de l’échange, chaque artiste allant donner un concert dans un autre pays que le sien. Il en va de même pour les experts et chercheurs, invités à des réunions scientifiques internationales (ce qui est par exemple prévu à Helsinki).
Le projet touchera directement 15000 citoyens européens et plus de 300000 indirectement. L’intégralité des concerts et évènements seront enregistrés, et publiés sur un site dédié ainsi que sur la webradio portée par le Forum Voix Etouffées musicremembranceradio.org.
Cet évènement s’inscrivait dans le cadre du projet “Musique, Mémoire et Valeurs Européenne”. Il a pour but de faire vivre par l’art et en particulier la musique la mémoire de la Shoah, tout en attirant l’attention du public sur la montée de l’antisémitisme en Europe notamment depuis les attaques du 7 octobre 2023. Il a aussi pour but d’affirmer une communauté transnationale fondée sur des valeurs telles que l’état de droit, la démocratie et la mémoire des crimes commis par les totalitarismes au XXe siècle, à mettre en perspective avec la montée des régimes illibéraux en Europe dans le monde. L’objectif est au général d’utiliser la musique comme moyen de résistance contre les populismes et les nouveaux totalitarismes, et en particulier les œuvres des compositeurs juifs persécutés au XXe et XXI siècle.
Le Danemark est un pays dont l’histoire est tout à fait unique pendant la Seconde Guerre Mondiale, puisque sa population s’est collectivement mobilisée en 1943 pour sauver tous les juifs du pays des intentions génocidaires des nazis. Cependant, l’antisémtisme a considérablement augmenté ces dernières années dans le pays. Il était donc important pour le projet Voix Étouffées de construire ce premier partenariat au Danemark afin de sensibiliser par la musique un large public à cette situation alarmante et de faire vivre cette mémoire de la résistance face aux persécutions.
L’évènement était structuré en plusieurs activités :
1) Atelier pédagogique à Aalborg le 26/09/2025. Cet atelier pédagogique s’est tenu au sein du Hasseris Gymnasium. Il avait pour groupe-cible des lycéens de 17 à 19 ans. Il a été animé par la pédagogue française Oriane Delville, par le chargé d’action pédagogique Jakob Skjoldborg et par la cheffe du chœur Ars Nova Sofi Jeannin, en compagnie des 11 chanteurs professionnels donnant le concert du soir.
Sofi Jeannin est considérée comme l’une des plus grandes cheffes de chœur mondiales actuelles, ayant notamment dirigé la Maîtrise et le Chœur Philharmonique de Radio France et étant actuellement cheffe des BBC singers, également élue dans le 10 mondial des meilleurs pédagogues en matière de chant choral.
L’atelier a commencé en musique et a été suivi d’une présentation des actions du Forum et du projet MMVE. L’objectif était de sensibiliser par le medium de la musique les jeunes gens à la lutte contre l’antisémitisme et la montée des discriminations. Mettre en lumière les compositeurs empêchés et leurs parcours de vie souvent tragiques est une source de réflexion à utiliser afin de nourrir le présent.
Ce message a eu un impact important sur les élèves, notamment mesuré à l’aune de leur grande attention et intérêt. Ceux-ci ont pu échanger entre eux sur ces histoires, sur ces musiciens et sur la situation actuelle en matière d’instabilité du monde, de montée des tensions entre les Etats (agression russe en Ukraine notamment) et de la résurgence des haines et des différentes formes de racisme en Europe.
L’atelier s’est terminé avec l’apprentissage du chant des Marais (Moorsoldaten) en langue vernaculaire, avec l’aide de Sofi Jeannin et des membres du chœur professionnel Ars Nova. Il s’agit d’un des plus célèbres chants écrits par des déportés dans les camps de concentration, un hymne de la résistance contre les dictatures. On postule que l’apprentissage de cette œuvre leur permettra de continuer leurs parcours avec un souvenir fort et tangible de la lutte contre les totalitarismes, et qu’ils pourront diffuser ce message autour d’eux.
Cette activité a regroupé 55 personnes : 40 élèves, 13 personnes du chœur, 1 professeur et l’intervenante du FVE. 53 venaient du Danemark, 1 de Suède et 1 de France. Il y avait 29 femmes et 26 hommes.
Le concert du soir à Aalborg s’est tenu à la Hasseris Kirke d’Aalborg. Le choeur Ars Nova, sous la direction de Sofi Jeannin a interprété le programme To Light, avec des oeuvres d’Arvo Pärt (l’un des compositeurs empêchés encore vivants les plus emblématiques), Giovanni Pierluigi da Palestrina, Rytis Mazulis, Mette Nielsen, Urmas Sisask, Eriks Esenvalds.
Ce concert a regroupé un total de 80 personnes, toutes du Danemark (49 femmes, 31 hommes et 1 non-binaire).
2) Concert-conférence à Copenhague le 28/09/2025. Le concert était précédé par une conférence donnée par une des artistes, jouant aussi le rôle de modérateur avec le public. Celle-ci a rappelé l’importance d’actions mémorielles comme celle-ci, à un moment où les derniers témoins directs de la seconde guerre mondiale ont presque tous disparu. Il a aussi mis en garde le public sur la montée de l’intolérance et de l’antisémitisme au Danemark, ce qui a donné lieu à plusieurs échanges constructifs après le concert à ce propos.
En effet, un temps de discussions avec le modérateur et la chef de chœur a eu lieu une fois le concert arrivé à son terme, permettant aux spectateurs de s’informer davantage sur le projet et de discuter des implications de celui-ci aux Danemark et ailleurs en Europe. Il y avait aussi matière à discuter sur l’actualité, avec plusieurs drones probablement envoyés par la Russie perturbant la circulation dans l’espace aérien danois.
Le choeur Ars Nova était sous la direction de Sofi Jeannin et a donné le même programme To Light qu’à Aalborg.
Le concert a été suivi par 93 femmes, 85 hommes et 1 non-binaire. Ces personnes venaient du Danemark (177) et d’Allemagne (2).
Deux autres concerts sont associés au projet sans être directement pris en compte. Y ont été joués le même programme musical avec le même discours afférent, permettant de toucher un public élargi : Billund Kirke (Billund) et à la cathédrale d’Helsingør, regroupant un public d’environ 300 personnes.
En parallèle de ces activités et en partenariat avec l’Institut Français de Copenhague, une exposition physique a été présentée au public du 28 septembre au 4 novembre. Celle-ci a pour thématique Les femmes compositrices victimes des totalitarismes. L’objectif de cette exposition est de mettre en lumière les compositrices empêchées au XXe, dont la mémoire a été encore plus que les hommes été effacée par les dictatures. Elle est en français et en anglais, et a été doublée par une version numérique accessible sur https://expositions-voixetouffees.org afin de sensibiliser le public le plus large possible.
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